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Le hippie enragé

dimanche 17 juillet 2005, par Redaction


Un vendredi soir, raconte un émissaire du Rabbi en Californie, au milieu du repas de Chabbat, nous avons entendu un coup à la porte. Un des enfants ouvrit et un jeune homme avec les cheveux aussi long que notre exil actuel apparut. Je ne le connaissais pas mais, sans rien dire, il examina notre salle à manger et s’installa à notre table, au milieu de notre dizaine d’invités. Je tentai d’engager la conversation mais il ne répondait pas. Ma femme lui servit du géfilte-fish mais il n’y toucha pas. Il ne mangea ni ne but ni ne parla. Son visage reflétait un mélange d’étonnement et - comment dire - de rage.

Le dîner reprit, comme auparavant : des mélodies ’hassidiques, des paroles de Torah, des questions posées par nos enfants et nos invités - comme tous les Chabbatot dont je me souviens depuis que je suis arrivé dans cette ville, envoyé en mission par le Rabbi de Loubavitch.

Notre "invité" restait silencieux mais on sentait que ce silence était le prélude à un éclat redoutable. Son regard reflétait une colère de moins en moins retenue. Je lui proposais plusieurs fois de trinquer "Le’haïm", "A la vie !" mais il ne réagissait pas. Que du silence. Du silence et de la rage.

Chaque fois que je le regardais, il semblait ne faire attention à personne. Puis, sans prévenir, il approcha sa chaise du portrait du Rabbi suspendu au mur et leva le poing d’un air vengeur. "Qu’est-ce que cet homme veut de moi ? Pourquoi ne me laisse-t-il pas tranquille ? Que lui ai-je fait ?"

Il finit par raconter son histoire.

Né à San Francisco dans une famille juive bourgeoise, il reçut l’éducation standard des jeunes Américains. Son père était un homme d’affaires prospère et sa mère une avocate célèbre. Son unique expérience du judaïsme avait été sa fête de Bar Mitsva.

A l’université de Berkeley, il s’était lié avec tous ceux qui rejetaient le conformisme bourgeois et la société de consommation. Au bout de quelques mois de recherche sur le sens de la vie - et à l’aide de drogues et autres breuvages de la contre-culture - ils s’étaient rendus en Inde : là, au sein d’une secte au milieu de la jungle, ils s’étaient complètement isolés du monde. Tout lien avec les parents, la famille ou les amis de l’étranger étaient complètement interdits.

Il passa là-bas un an et demi, dans un "bonheur absolu". Bien que nombre de ses amis aient craqué sous la pression de l’isolement et aient quitté la secte, lui restait déterminé.

Puis, un jour, il ressentit un besoin urgent de rentrer à la maison. Pourquoi ? Il chassa l’idée de sa tête, mais cette envie était irrépressible. Il prit un billet pour le prochain avion en partance pour la Californie.

Ses parents furent stupéfaits de le revoir. Un an et demi sans aucun signe de vie puis - sans prévenir - le voir réapparaître... Après les premières effusions et les pleurs de joie, son père s’écria : "Attends ! Maintenant je comprends : tu es venu prendre le dollar !"

"Quel dollar ?"

Son père lui expliqua alors qu’en route pour Israël, le groupe d’hommes d’affaires dont il faisait partie s’était rendu à New York et, un dimanche matin, était passé devant le Rabbi de Loubavitch pour recevoir de sa main un dollar à remettre à la Tsédaka (charité) et une bénédiction.

Son père avait reçu le dollar et s’était apprêté à partir quand le Rabbi l’avait rappelé et lui avait donné un autre dollar : "Pour votre fils aîné !" Avant qu’il ait pu réagir, et au moins expliquer au Rabbi qu’il ignorait où se trouvait son fils, il fut entraîné par les autres personnes qui défilaient : "Peu importe" se dit-il en fourrant le second dollar dans sa poche.

Maintenant que son fils réapparaissait soudain, il était intrigué : "Dis-moi, comment le Rabbi de Loubavitch savait-il que tu reviendrais ? D’où le connais-tu ?"

Le fils, tout aussi étonné, demanda : "A quelle heure as-tu reçu ce dollar dimanche ? A 15 h 30, heure de New York..." C’était exactement le moment, au milieu de la nuit indienne, où il avait ressenti le besoin urgent de revenir à la maison...

C’est à ce moment-là qu’il ressentit une rage irrépressible contre le Rabbi : "Comprenez-moi, dit-il à l’émissaire du Rabbi tout décontenancé, j’étais heureux là-bas ! Pourquoi votre Rabbi ne pouvait-il pas me laisser tranquille ? Depuis que j’ai ressenti ce besoin de rentrer, je n’ai pas arrêté de remuer ciel et terre pour trouver un billet de retour. Ici, j’ai vu un journal avec la photo du Rabbi et je suis venu : pouvez-vous demander à votre Rabbi qu’il me laisse retourner ? Voici son dollar ! Rendez-le lui... !"

Bien des années plus tard, l’ancien député israélien le regretté Avner Shaky raconta l’histoire suivante : "Alors que je devais me rendre en Californie, Je téléphonai à l’émissaire local du Rabbi pour me faire inviter pour Chabbat.

"C’était un Chabbat extraordinaire, la synagogue était remplie de jeunes gens très pratiquants : on m’expliqua qu’ils étaient tous revenus récemment à la pratique du judaïsme. Le repas se déroula avec une quinzaine d’étudiants dans une atmosphère joyeuse : des chants, des histoires, des paroles de Torah... vraiment un autre monde. Soudain la porte s’ouvrit et trois jeune hippies entrèrent, habillés... à leur manière ; ils s’installèrent sans façons, dévorèrent la ’Halla et le géfilte-fish...

Le Rav ne disait mot mais j’étais très gêné : "Pourquoi les laissez-vous agir ainsi ? On ne peut pas dire qu’ils honorent votre table !"

Il me répondit avec un sourire : "Regardez-les bien ! C’est exactement à eux que je ressemblais quand j’ai fait irruption un Chabbat dans la maison d’un envoyé du Rabbi, il y a quelques années..."


Tuvia Natkin

(Source : La Sidra de la Semaine, traduction : Feiga Lubecki)

 
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