Admin   Plan du site   Liens   Contact Admin
Accueil >>  1. "Vivre" la venue de Machia’h


5. Un Sanctuaire en Microcosme

jeudi 7 avril 2005, par Redaction

Une Source de Lumière en Diaspora


AVANT-PROPOS


Aux exilés assis au bord des fleuves de Babylone, rêvant au Sanctuaire de Jérusalem, alors profané, le prophète Yé’hézkel (Ezéchiel) apporta ce message de consolation : « Bien que Je les ai dispersés dans les pays, Je serai pour eux un petit sanctuaire dans les pays où ils sont venus » [1].

Où est ce sanctuaire en microcosme ?

« Rabbi Its’hak estime : « Cela fait référence aux synagogues et aux maisons d’étude de Babylone ». Rabbi Eliézer pense : « Il s’agit de Beith Rabbeinou, la maison de notre maître » [2]

Ces deux interprétations sont-elles contradictoires ? Quel est le rapport entre les sanctuaires miniatures de Babylone et le Beith HaMikdach, le Temple de Jérusalem ? Depuis sa destruction, quel est le facteur qui conduit la Présence Divine à choisir de résider dans des sanctuaires particuliers ? Comment toute cette discussion talmudique trouve-t-elle application dans notre génération, à la veille de la Délivrance ?

A toutes ces questions, et à beaucoup d’autres, ce chapitre apporte des réponses.


UN FOYER LOIN DE CHEZ SOI


Un des ’hassidim du Admour HaEmtsaï [3], Rav Avraham Dov Bèr de Babroïsk, a décrit [4] le premier voyage qu’il fit à Loubavitch, alors qu’il n’avait que six ans. En des termes vivants et intenses, il raconte les moments émouvants qu’il vécut, ses rencontres avec le Rabbi et les ’hassidim.

C’est la joie éclatante que ceux-ci manifestaient qui l’impressionna peut-être plus que toute autre chose. Il en demanda la raison à son père qui lui répondit en lui parlant du Beith HaMikdach, le Temple de Jérusalem. Ceci ne fit que susciter un étonnement croissant chez l’enfant. Comment les ’hassidim pouvaient-ils se réjouir avec un tel enthousiasme alors que, justement, le Beith HaMikdach était toujours détruit ?

Avec toute la compréhension d’un éducateur accompli, son père lui laissa le temps de mûrir la question, puis il lui expliqua sur un ton à la fois serein et chaleureux :

Jusqu'à ce que D.ieu nous montre Sa miséricorde, qu'Il nous envoie Machia'h... et reconstruise Jérusalem et le Beith HaMikdach..., Loubavitch est notre Jérusalem, la synagogue du Rabbi est notre Beith HaMikdach..., le Rabbi est l'Arche Sainte qui contient les Tables de la Loi.


Ce sont là des sentiments qu’un père partagea avec son fils en un moment particulièrement fort. Mais cela s’arrête-t-il là ? Existe-t-il un fondement dans la Torah à de telles déclarations ?

PRES DES FLEUVES DE BABYLONE


Très significativement, le prophète Yé’hézkel (Ezéchiel) exprime des idées analogues lorsqu’il entreprend de consoler les Juifs exilés à Babylone en leur transmettant la Parole de D.ieu [5] : « Ainsi a parlé l’Éternel : « Bien que Je les ai dispersés dans les pays, Je serai pour eux un sanctuaire en microcosme (Mikdach Méat) dans les pays où ils sont venus ».

Commentant ce verset, nos Sages [6] proposent deux interprétations à l’expression « sanctuaire en microcosme » : « Rabbi Its’hak estime : « Cela fait référence aux synagogues et aux maisons d’étude de Babylone ». Rabbi Eliézer pense : « Cela fait référence à Beith Rabbeinou (« la maison de notre maître », c’est-à-dire, à cette époque, le Sage que l’on désignait sous le simple nom de Rav [7]) à Babylone ».

Par ailleurs, et dans le même sens, nos Sages déclarent [8] : « Partout où les Juifs furent exilés, la Présence Divine les accompagna ». Cette phrase ne laisse pas que d’être un peu étonnante. En effet, ne nous est-il pas enseigné que « toute la terre est pleine de Sa gloire » [9]. C’est dire qu’il n’existe aucun endroit vide de D.ieu. Dès lors, que peut signifier l’affirmation que la Présence Divine accompagne le peuple juif en exil ? [10]

La suite du texte cité éclaire, cependant, son sens réel. Ainsi, les amoraïm, les Sages du temps, désignent certaines synagogues de Babylone où l’on pouvait, sans méprise, percevoir la Présence de D.ieu, à l’instar, quoiqu’en microcosme, de la révélation constante qui se produisait dans le Beith HaMikdach, le Temple de Jérusalem. Dans ces lieux précis, la Divinité ne se trouvait pas cachée, ce qui est pourtant, en tout état de cause, le cas de l’univers entier. Elle y était manifestement perceptible.

LA TORAH : LA RESIDENCE DE D.IEU DANS CE MONDE


Dans le droit fil de l’idée développée ci-dessus, il apparaît qu’en fait les opinions de Rabbi Its’hak et de Rabbi Eliézer divergent seulement sur l’accent qu’ils y mettent mais pas sur le fond. Il est clair que Rabbi Eliézer souscrirait volontiers à l’idée que la Présence Divine résidait dans toutes les synagogues de Babylone et que Rabbi Its’hak, de son côté, admettrait sans difficulté que Sa manifestation la plus évidente se trouvait dans Beith Rabbeinou.

Qu’avait donc de particulier Beith Rabbeinou, la maison d’étude de Rav ? Elle était le centre de la Loi Juive pour l’ensemble du monde. Et ce caractère est essentiel. En effet, commentant le verset [11] « D.ieu aime les portes de Sion plus que toutes les demeures de Jacob », nos Sages déclarent [12] : « D.ieu aime les portes de ceux qui se distinguent dans le domaine de la hala’ha (la Loi Juive) plus que les synagogues et les maisons d’étude..., car, du jour où le Beith HaMikdach a été détruit, D.ieu n’a plus (de lieu de résidence) dans ce monde que les quatre coudées de la hala’ha ».

L’un des grands commentateurs du Talmud, le Maharcha, explique que la manifestation de la Présence Divine dans le Beith HaMikdach était intrinsèquement liée au fait que s’y trouvait le siège du Sanhédrin, la plus haute cour de justice du peuple juif, l’autorité suprême en matière de hala’ha. Or, dans la mesure où cette Présence se manifeste dans « les quatre coudées de la hala’ha », c’est là où se trouve le Sage du temps qui assume cette fonction, que D.ieu réside. La formule « sanctuaire en microcosme » est, par conséquent, une description parfaitement appropriée de Beith Rabbeinou, la source de l’enseignement pour tout ce qui concerne ce que doit être, selon la Torah, notre comportement dans le temps de l’exil.

LE RETOUR DE LA PRESENCE DIVINE


La suite du passage cité plus haut souligne encore le lien entre les synagogues d’exil et le Beith HaMikdach [13] : « Quand les Juifs seront libérés, la Présence Divine les accompagnera ». Le Maharcha précise le sens de cette phrase. Elle signifie que la Présence Divine ne restera pas dans les endroits où Elle Se révélait pendant l’exil, mais qu’Elle retournera en Israël avec le peuple juif. Nos Sages le décrivent en ces termes [14] : « Les synagogues et les maisons d’étude de (diaspora) seront installées en Israël ». Elles se dresseront, d’ailleurs, à proximité immédiate du Beith HaMikdach et la révélation Divine qui y apparaîtra les pénétrera également [15].

Plus encore, dans la période précédant la Délivrance, le Beith HaMikdach existera, comme en avant-première, dans le « sanctuaire en microcosme » établi en exil. Car c’est là que Se révélera la Présence Divine, et c’est de là qu’elle retournera en Israël et à Jérusalem [16] avec tout le peuple juif.

UNE SOURCE DE LUMIÈRE


Le récit du ’hassid, que l’on citait en introduction, prend, à présent, une toute autre dimension. Dans chaque génération, il existe un Beith Rabbeinou, « la maison de notre maître » [17], un « sanctuaire en microcosme » qui répond aux demandes de la génération et diffuse l’enseignement de la Torah dans tous les points du globe. C’est, par excellence, l’endroit où la Présence Divine Se révèle.

Cette révélation s’opère en faveur du peuple juif [18]. Dès lors, c’est dans la maison de son guide, le chef de la génération, que la Tradition dénomme « le coeur de la génération » [19], qu’elle apparaît pendant le temps de l’exil.

Cette idée nous permet de prendre la pleine mesure du caractère unique du Beith Rabbeinou établi par le précédent Rabbi de Loubavitch en Amérique. Aujourd’hui, la plus grande partie du peuple juif vit dans cette région du monde, et c’est là que se trouve l’infrastructure nécessaire à une telle fonction. C’est pourquoi ce pays fut choisi pour recevoir Beith Rabbeinou, le centre de l’enseignement de Torah pour le monde entier.

Il n’est pas anodin que l’Amérique ait été décrite [20] comme « l’hémisphère inférieur ». C’est dans « l’hémisphère supérieur » que la Torah fut donnée et c’est notre tâche que de la répandre dans l’ensemble du monde afin d’élever la totalité de l’existant. C’est cette oeuvre de « faire ici la terre d’Israël », pour reprendre l’expression du Tséma’h Tsédèk [21], qui nous prépare au temps où « la terre d’Israël s’étendra au monde entier » [22], lors de l’avènement de l’ère messianique.

LE DÉFI DE NOTRE GÉNÉRATION


Ce rapport étroit entre le Beith Rabbeinou du Rabbi Précédent et la Délivrance se reflète dans le nom même du bâtiment, « 770 ». En effet, il s’agit là de la valeur numérique du terme hébreu Paratsta, qui signifie « briser (les barrières) ». Nous trouvons ainsi, sur le verset relatif à la naissance de Pérets, l’ancêtre de Machia’h [23], Paratsta alékha perets, un commentaire de nos Sages [24] : « Cela fait référence au Machia’h, comme il est écrit [25] : « Celui qui brise les barrières (Haporets) montera devant eux ». Car c’est bien là la mission de Machia’h : briser les barrières de l’exil et répandre la sainteté dans le monde. Un verset le proclame [26] : « Tu t’étendras (Oufaratsta) vers l’ouest, vers l’est, vers le nord et vers le sud ».

Par ailleurs, le nombre 770 est un multiple du chiffre 7 [27]. Or, nos Sages enseignent [28] que « tous les septièmes sont chéris ». Il a été également expliqué [29] que le caractère précieux du septième d’une série se reflète dans la mission centrale confiée au peuple juif : faire descendre sur terre la Présence Divine de telle sorte qu’Elle apparaisse aussi manifeste que dans le Sanctuaire. C’est là le rôle assumé par notre génération, la septième depuis l’Admour HaZakène [30] : hâter la venue de Machia’h, l’avènement de l’ère où D.ieu Se révélera de nouveau aux yeux de tous et plus uniquement en microcosme.

Il ne s’agit pas là d’une promesse lointaine mais bien d’une réalité imminente. Nous sommes au seuil de la Délivrance et même, sans aucun doute, en train de le franchir [31]. Nos Sages enseignent [32] qu’un Machia’h potentiel existe dans chaque génération. Cela implique qu’il vit parmi nous, attendant que nous reconnaissions sa mission et créions dans le monde un climat de nature à lui permettre de l’accomplir.

Puisse cela se produire dans un futur immédiat. Alors, tous ensemble, avec les synagogues et les maisons d’étude de diaspora, les « sanctuaires en microcosme », nous irons en Israël, à Jérusalem, dans le Beith HaMikdach.

Adapté des discours du Rabbi de Loubavitch מה"מ, prononcés les Chabbat Parchat Noa'h 5747 (1986) et Parchat Pin'has 5751 (1991), le 28 Sivan 5751 (10 juin 1991), ainsi qu'à d'autres occasions




[1] Yé’hézkel (Ezéchiel) 11:16. Traité talmudique Méguilah 29a.

[2] Rabbi Douber, le deuxième Rabbi de Loubavitch.

[3] HaTamim, vol. II, p. 124-126.

[4] Loc. cit.

[5] Loc. cit.

[6] Loc. cit.

[7] Voir le commentaire de Rachi, loc. cit.

[8] Traité talmudique Méguilah, loc. cit.

[9] Yichayahou (Isaïe) 6:3.

[10] Voir le commentaire du Maharcha sur le traité talmudique Méguilah, loc. cit.

[11] Téhilim (Psaumes) 87:2.

[12] Traité talmudique Bera’hot 8a.

[13] Traité talmudique Méguilah, loc. cit.

[14] Ibid.

[15] Voir le commentaire du Maharcha, loc. cit. C’est sur cette base que ce commentateur classique explique un enseignement du Midrach selon lequel, à l’ère messianique, le Beith HaMikdach s’étendra à la totalité de Jérusalem. En effet, puisque toutes les synagogues et les maisons d’étude de diaspora seront incluses en lui, l’espace qu’il occupera au sol équivaudra à l’ensemble de la ville.

[16] Ce concept permet d’élucider un problème posé par le passage aujourd’hui fameux du Yalkout Chimoni (vol. II, sec. 499) où il décrit la période qui précédera immédiatement la venue de Machia’h. Ce texte indique que Machia’h se tiendra sur le toit du Beith HaMikdach et, s’adressant au peuple juif, proclamera : « Les humbles, le temps de votre Délivrance est arrivé ».
Cet épisode présente quelques difficultés. En effet, comme le Rambam (Maïmonide) l’écrit (Michné Torah, Hil’hot Méla’him [Lois relatives aux rois] 11:4), la construction du Beith HaMikdach sera une des dernières étapes du processus messianique. Or, il semblerait logique de penser que Machia’h informera le peuple juif de l’occurrence de la Délivrance avant que celle-ci soit achevée.
Toutefois, ce qui a été dit permet d’apporter un éclaircissement utile : Machia’h se tiendra, en fait, sur le toit du « sanctuaire en microcosme » qui existe en diaspora et c’est de là qu’il lancera son message de Délivrance à l’ensemble du peuple juif. L’expression employée, « le toit du Beith HaMikdach, l’indique d’ailleurs en allusion. En effet, comme Maïmonide l’énonce dans les Hil’hot Beith HaBe’hirah (Lois relatives au Temple), le toit du Beith HaMikdach n’était pas consacré. Cela fait allusion à la situation d’exil qui ne présente pas cette qualité de sainteté révélée, détenue uniquement par la terre d’Israël.

[17] Le commentaire de Rachi, selon lequel l’expression « Beith Rabbeinou » désigne la maison de Rav, souligne l’idée développée. Le terme « Rav », qui signifie « Maître », indique que cette distinction lui fut donnée, ainsi qu’a sa maison, non du fait de ses qualités personnelles mais bien en tant que guide des Juifs de son temps en matière d’application de la Torah.

[18] L’interprétation d’un verset (25:8) de Chémot (Exode) relève cette idée. Il est écrit : « Vous ferez pour Moi un sanctuaire et Je résiderai dedans ». Le Chelah (69a) note qu’au lieu d’écrire Betokho - « dans lui », le verset utilise la formule Betokham - « dans eux ». Ce choix implique que la révélation Divine doit, fondamentalement, prendre place en chaque Juif.

[19] Voir Rambam (Maïmonide), Michné Torah, Hil’hot Méla’him (Lois relatives aux rois) 3:6. Voir aussi Bamidbar Rabbah 19:28 : « Le chef (de la génération) représente toute la génération ».

[20] Voir le recueil de lettres, Iguerot Kodèch, du Rabbi Précédent, vol. II, p. 492 et ss.

[21] Le troisième Rabbi de Loubavitch. Voir ibid., vol. 1, p. 485. Voir également le chapitre intitulé « Fais ici Eretz Israël ».

[22] Yalkout Chimoni, vol. II, sec. 503.

[23] Béréchit (Genèse) 38:29.

[24] Aggadat Béréchit, chap. 63.

[25] Mi’ha (Michée) 2:13.

[26] Béréchit (Genèse) 28:15.

[27] Il correspond à dix fois sept et cent fois sept. La Kabbale enseigne que nous possédons dix attributs spirituels, chacun se subdivisant par tous les autres, soit dix fois dix égale cent. Dans ce contexte, le nombre 770 reflète le fait que le chiffre sept a imprégné chacune des dimensions de la personnalité humaine.

[28] Vayikra Rabbah 29:11.

[29] Cette idée est également développée dans les commentaires Bati LéGani des années 5710 (1950) et 5711 (1951).

[30] Rabbi Chnéour Zalman de Liady, auteur du Tanya, premier Rabbi de Loubavitch.

[31] Voir le chapitre intitulé « Au seuil de la Délivrance ».

[32] Voir le ’Hatam Sofer, Responsa sur le volume ’Hochèn Michpat du Code des Lois Juives, vol. VI, Responsum 98 ; Sdei ’Hémèd, Péat HaSadé, Maaré’hèt Alef, principe 70. Voir aussi le chapitre intitulé « Machia’h dans chaque génération ».


 
DANS LA MEME RUBRIQUE
 
 

 

Yé'hi Adoneinou Moreinou veRabeinou Melekh HaMachia'h Léolam Vaed
SPIP / Squelette Spip01 © 09/2003 Gab-design.com sous licence GPL et Association Guéoula