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LA CINQUIEME BOUGIE

mercredi 15 décembre 2004, par Redaction

DE VARSOVIE A LONDRES...


Mon père, le Rav Abraham Tsvi Greenvald naquit à Lodz en Pologne et perdit son père à l’âge de 8 ans. Sa mère qui resta seule à élever sept jeunes orphelins se faisait maints soucis pour l’éducation de l’aîné d’entre eux qu’elle envoya étudier auprès d’un cousin, le célèbre érudit Rabbi Menahem Zemba [*] .

C’est lui qui, au prix de lourds sacrifices, assura l’éducation de mon père. Il témoigna un authentique souci pour ses études et fut lui-même son précepteur. Mon père était âgé de 17 ans lorsque Varsovie retentit du « Grand mariage » qui unit la fille d’un grand chef hassidique à un homme, que l’histoire retiendra comme l’une des plus grandes figures du judaïsme. Mon père parlait de cet événement comme d’une expérience spirituelle, dans la mesure où les plus éminents leaders du Hassidisme de Pologne s’y côtoyèrent et qu’il lui fut donné l’insigne occasion de rencontrer le marié et sa jeune épouse. Cette entrevue était appelée à retentir immensément dans le futur. C’est ainsi qu’un jeune homme de 17 ans arriva au mariage avec son parent et maître, le Rav Menahem Zemba. C’était le 27 novembre 1928...

Le lendemain de la cérémonie, Le Rav Zemba dit à mon père qu’il allait rendre visite au jeune marié à son hôtel et que si mon père le désirait, il pouvait l’y accompagner. Mon père se fit un devoir d’accepter. Mon père ne put se souvenir du contenu exact de la conversation qui eut lieu alors entre les deux hommes mais il garde en revanche en mémoire ce qui se dit au moment où l’entretien allait prendre fin. Le jeune marié s’adressa à mon père et lui dit :

- Dans quelques jours ce sera ‘Hanoukka. [le mariage avait eu lieu le 14 Kislev 5689]. À propos, savez-vous pour quelle raison, certaines petites synagogues ont l’usage d’organiser une fête le cinquième jour de ‘Hanoukka ?

Mon père qui ne savait répondre se souvenait que le Rav Zemba regardait en direction du marié, en attendant de lui une réponse.

Le jeune marié, s’adressa alors à mon père et lui dit : « La Cinquième lumière de ‘Hanoukka connote une intense obscurité, car le jour auquel elle correspond ne peut jamais coïncider avec un Shabbat. Or il se trouve que les lumières de ‘Hanoukka ont pour vocation d’irradier de leur lumière jusqu’à l’obscurité la plus noire de ce monde. Aussi, c’est justement à travers la Cinquième lumière qui caractérise l’obscurité, que se trouve consacrée la portée de ‘Hanoukka. Ainsi également, le devoir de chaque juif en chaque endroit, à Varsovie ou à Londres, est de porter la lumière jusque dans les lieux les plus obscurs... »

Comme je l’ai dit précédemment, mon père ne se souvenait pas de ce dont le jeune marié et le Rav Zemba avaient discuté au cours de leur entretien prolongé. Il affirmait en revanche n’avoir jamais oublié le déferlement de noms de traités talmudiques qui avaient fusés dans la pièce. Le Rav Zemba était ressorti de l’entrevue particulièrement enthousiaste et pendant les jours qui avaient suivis, il n’avait cessé d’évoquer ce moment vécu dans cette chambre, en présence d’une telle érudition faite homme...

Quelque dix ans s’écoulèrent après cet entretien...

Mon père survécut à la Shoah, au ghetto tout d’abord, et ensuite durant sa déportation. Son épouse et ses cinq enfants furent abattus devant ses yeux. À l’issue de la guerre, le miraculé qu’il était, traversa une période de dépression à la fois physique et morale. Durant deux ans, il erra d’un camp de dispersés à l’autre pour tenter de glaner quelque information sur d’éventuels survivants de sa famille, proche ou lointaine. L’évidence se fit cependant que tous ses frères et sœurs avaient péri dans la tourmente.

En 1948, il se rendit aux USA, à Philadelphie, où vivait l’un de ses oncles, de la tradition des hassidims de Amshinov, qu’il n’avait jamais rencontré, car celui-ci avait émigré avant sa naissance. Cet oncle organisa la venue de mon père aux USA, où il le reçut avec beaucoup de sollicitude et fit en sorte qu’il trouve tout le réconfort dont il avait besoin après les épreuves qu’il avait traversées. Sous la pression de mon oncle et l’intervention du Rabbi de Amshinov, mon père se résolut à refaire sa vie et il épousa ma mère (de mémoire bénie) en secondes noces. Native de Kharkov elle était la fille de Rabbi Zushya Sinkowitz, l’un des plus éminents ‘hassidim de la communauté Alexander, victime lui aussi de la Shoah. Avec sa sœur, mon oncle était parvenu à fuir au tout début de la guerre et ils étaient parvenus au Canada après de nombreux périples. Là-bas, ils avaient grandi dans la maison d’un autre cousin. M. Kuppel Schwartz un membre éminent de la communauté de Toronto.

Avant que mes parents ne se marient, M. Schwartz emmena mon père à New York pour une audience chez ce même chef hassidique qui maria sa fille en 1928... Ce dernier avait pu, miraculeusement, quitter Varsovie sous les bombardements, et après un détour par Berlin (oui, oui, mais c’est une autre histoire...), et se retrouver au USA.

Mon père me raconta qu’il tressaillit en constatant à quel point la personne du Rabbi accusait les années écoulées depuis le mariage de Varsovie. (Il était très difficile de comprendre les paroles qui sortaient de sa bouche et l’un des ses disciples présent, se faisait son interprète). M. Schwartz expliqua au Rabbi que mon père avait survécu à la Shoah et que toute sa famille avait péri.

Des larmes jaillirent alors des yeux du Rabbi. Il bénit mon père et lui souhaita la longévité et le bonheur. Avant de prendre congé, mon père dit au Rabbi qu’il avait eu le privilège d’assister au mariage de son gendre à Varsovie. À ce moment, dit mon père, les yeux du Rabbi s’illuminèrent et il nous suggéra de rendre une visite de courtoisie à son gendre, puisque celui-ci habitait les lieux. M. Schwartz et mon père prirent congé du Rabbi et se firent indiquer l’endroit ou demeurait son gendre, que l’on désignait alors par l’acronyme « Ramasch ». Il frappèrent à sa porte et dirent en pénétrant chez lui que c’était son beau-père qui avait suggéré cette visite. Mon père fut ravi de constater que le gendre se souvenait parfaitement de lui. Il y avait de cela vingt ans... D’emblée le Ramash lui demanda s’il pouvait lui parler des derniers jours vécus par le Rav Menahem Zemba, car il savait qu’il avait péri dans le ghetto de Varsovie mais ne connaissait aucun détail sur les conditions de sa fin. Après que mon père lui eut raconté ce qu’il savait, le Ramasch dit :

- « Dans la mesure ou cette visite a été suggérée par mon beau-père, je me dois de vous livrer quelques paroles de Torah. Et du fait que le mois de Kislev est celui de ‘Hanoukka je voudrais ici rappeler que l’usage de nombreux ‘hassidim, disciples du Baal Chem Tov, est de célébrer avec faste le cinquième jour de ‘Hanoukka. Quelle en est la raison ? Du fait que le cinquième jour de ‘Hanoukka ne peut jamais coïncider avec un Shabbat, il caractérise une profonde obscurité spirituelle. Or, la vocation des lumières de ‘Hanoukka est d’illuminer l’obscurité la plus sombre. Et tel est également le devoir de chaque Juif, où qu’il se trouve - à New York ou à Londres - illuminer les lieux les plus obscurs... »

Inutile de dire de quel tressaillement mon père fut alors l’objet. Il n’avait rien oublié des paroles identiques entendues presque vingt ans auparavant. Son esprit et sa mémoire étaient ébranlés d’avoir entendu mot pour mot de la bouche du Ramasch, ce qu’il lui avait dit dans sa chambre d’hôtel à Varsovie.

Après son mariage, mon père occupa la fonction de rabbin et de professeur dans la communauté du quartier de Washington Heights. C’est là que ma sœur et moi naquîmes. Mon père demeura là environ cinq ans à la suite desquels il s’établit à Toronto où il poursuivit sa vocation de rabbin et d’enseignant. Avec les années, mon père se rapprocha des ‘Hassidim de Satmar car il exerçait sa fonction de rabbin au sein de leur communauté.

Bien qu’il ne nous envoya pas dans des établissements scolaires Satmar, nous fréquentions des institutions de sensibilités voisines. Mon frère et moi fûmes envoyés à la Yeschivah de Nitra. Bien que les positions de mon père fussent proches de celles nourries par la communauté de Satmar, il s’abstint toujours de d’exprimer le moindre jugement négatif à l’encontre d’autres communautés, en particulier celles qui manifestaient une certaine proximité avec ceux qui s’étaient éloignés de toute pratique religieuse. Au contraire, de ces hommes là et de leur chef, lui et ses enfants en parlaient avec force respect et admiration.

Vingt ans s’écoulèrent...

Durant l’hiver 1969 je me mariai. Mon père me dit, que bien que n’étant pas un ‘hassid de ‘Habad, il ressentait le besoin de se rendre avec moi à une audience chez le Rabbi de Loubavitch (car c’est de lui qu’il s’agissait...) afin de recevoir sa bénédiction pour mon mariage - tout comme lui-même l’avait fait - bien qu’il n’avait pas rencontré le Rabbi depuis quelque vingt ans. J’acceptai de bon cœur. Est-il besoin de vous dire que le brillant gendre avait succédé entre-temps à son beau-père, décédé en 1950... J’appris alors qu’il n’était pas facile d’obtenir une entrevue avec le Rabbi.

C’est seulement après de laborieuses négociations avec le secrétaire du Rabbi - et après que mon père fit valoir que nous ne pouvions attendre les mois requis pour obtenir notre tour dans la longue liste d’attente - que nous obtînmes d’être placés parmi les prochaines audiences, en promettant toutefois que nous ne demanderions qu’une bénédiction et que nous ne solliciterions pas davantage le Rabbi.

Nous quittâmes Toronto au jour fixé. Je ne me souviens pas exactement de l’heure à laquelle nous pénétrâmes dans le bureau du Rabbi mais je sais qu’elle était plus proche des lueurs de l’aube que de minuit...

Pour la première fois j’étais en présence du Rabbi de Loubavitch. Son visage, ses yeux en particulier, des yeux que l’on ne peut jamais oubliés, firent sur moi une grande impression. Mon père tendit au Rabbi le traditionnel pli sur lequel étaient inscrits mon nom, celui de ma future épouse ainsi que la bénédiction sollicitée par mon père. Le Rabbi pris le pli et avant de le lire, il adressa à mon père un chaleureux sourire et dit :

« - Il y a maintenant vingt ans qu’un tel moment s’est produit, lorsque le Rabbi précédent vous a adressés à moi. »

Pétrifié et tremblant mon père ne sut trouver assez d’énergie pour exprimer quoique ce soit. Entre temps, un préposé frappa à la porte [pour activer les choses] mais le Rabbi agita la main comme pour dire de ne pas y prêter attention. Puis il ouvrit le pli, le lut et commença d’exprimer de chaleureuses bénédictions à l’adresse de mon père et conclut avec un regain d’intensité dans la voix :

- Tout comme vous vous êtes réjoui lors de mon mariage, puisse D-ieu vous donner le privilège et la vigueur de danser aux mariages de vos petits-enfants.

Des larmes perlèrent sur les joues de mon père du fait de la teneur des paroles entendues auxquelles se mêlait le souvenir des épreuves endurées en déportation. Avant de prendre congé, mon père puisa assez de force pour demander au Rabbi - car il s’était engagé auprès de son secrétaire à ne pas prolonger l’entretien - s’il pouvait se permettre de poser au Rabbi une question qui le tourmentait. Le Rabbi répondit dans un sourire jovial :

- Dans la mesure où mon beau-père vous a adressé à moi, je suis tenu de répondre à toutes les questions. La porte retentit à nouveau et le Rabbi nous réitéra signe d’ignorer. Mon père dit alors au Rabbi, qu’eu égard à diverses circonstances, nous avions vécu de nombreuses années parmi les hassidims Satmar et les communautés affiliées. Nous y avions fréquemment entendu des critiques relatives aux idées nourries par le mouvement Habad. Mon père affirma que bien qu’il n’avait aucune considération pour les commérages qui lui parvenaient, il était néanmoins perplexe quant aux positions nourries par les hassidims de Habad, au sujet des Juifs « impies ». Comment ce mouvement, pouvait-il être ouvert à ceux qui s’opposent à D-ieu et à sa Torah ? Comment et pourquoi cette proximité et cet intérêt pour des juifs qui ont tout abandonné de la foi de leurs pères ? De nombreux versets comme « Ceux qui te maudiront, Je les maudirais » n‘indiquent-ils pas une attitude contraire ? Mon père s’excusa pour le caractère abrupt de la question en précisant qu’il n’entendait nullement faire offense au Rabbi mais qu’il désirait au contraire comprendre la position du Rabbi, de façon à pouvoir donner réponse à ses détracteurs ainsi qu’à lui-même. Le Rabbi posa alors à mon père la question suivante :

- Quelle serait l’attitude de vos voisins au cas où la fille d’un fidèle de leur communauté avait soudain de mauvaises fréquentations ?... Tenteraient-ils alors de la faire revenir au chemin de la Torah et de ses commandements ou, fort du verset « Ceux qui te maudiront, Je les maudirai » qui enjoint de ne pas fréquenter les impies, diraient-ils qu’ils doivent prendre leurs distances de cette jeune fille et ne pas tenter de la faire revenir ?

Le Rabbi n’attendit pas la réponse et reprit immédiatement : - « Les plus intransigeants affirmeraient que dès lors qu’ils s’agit de sa fille, l’injonction « Et à ta propre chair tu ne te déroberas pas » doit s’appliquer. »

Le regard du Rabbi se fit sévère. Il frappa du plat de sa main sur la table et dit :

- Pour le Tout-puissant, chaque juif est aussi précieux qu’un enfant unique. Et pour le Rabbi, mon beau-père, c’est à chaque Juif que s’applique le verset « Et à ta propre chair tu ne te déroberas pas ».

Puis le Rabbi porta vers mon père et moi un regard soutenu et dit :

- « Il convient de conclure sur une bénédiction. On sait qu’il est d’usage chez les hassidims de célébrer fastueusement le cinquième jour de ‘Hanoukka. La raison en est que du fait que le cinquième jour de ‘Hanoukka ne peut tomber un Shabbat, il caractérise le degré ultime de obscurité. Au moyen de la lumière de ‘Hanoukka il est possible d’irradier les objets les plus obscurs. Telle est la mission de chaque Juif : illuminer les lieux les plus sombres. Peu importe l’endroit où il demeure - Toronto ou Londres - chaque Juif est partie intégrante du D-ieu céleste et le fils unique du Saint béni Soit-Il. Et lorsqu’une personne illumine son âme de sainteté, alors le Juif le plus distant et relégué dans les ténèbres peut s’en trouver remué. »

Mon père accusa ces paroles d’un vigoureux tressaillement. Il n’entendit pas les derniers mots de la bénédiction du Rabbi et ne se souvint pas même du moment où nous prîmes congé. Durant tout le trajet du retour à Toronto il garda le silence. Les seuls mots qu’il laissait échapper par moments étaient : « Incroyable. C’est proprement incroyable... » Quarante ans s’étaient écoulés...

Dix ans s’écoulèrent encore.

Au cours de l’année 1979 mon frère cadet se maria à Londres. Toute la famille, mon père, ma mère, ma sœur, mon beau-frère et moi-même, s’envola pour la capitale britannique.

Au cours du voyage, je crus déceler de la préoccupation chez mon père. Quelque chose semblait le troubler ; je lui demandai ce qui n’allait pas, mais il ne désira pas répondre. Il ne s’ouvrit à moi qu’après que j’eus réitéré ma question plusieurs fois.

- « Quelques minutes après que j’ai eu quitté la maison à Toronto, notre voisin - au demeurant un des notables de la communauté - m’a abordé les yeux rougis de larmes. Il dit qu’il voulait me faire part d’une chose qu’il pensait taire à tous mais que je pouvais peut-être l’aider. »

Il se trouvait que la fille de cet homme avait beaucoup décliné dans son observance religieuse. Au début, ses parents n’en avaient rien su parce qu’elle faisait tout pour le dissimuler. Cependant, voici deux semaines, l’inconcevable s’est produit : elle s’est enfuie avec un homme à Londres. Il semblerait qu’elle s’adonnât à la drogue. Depuis, la maison est plongée dans l’affliction et noyée dans les larmes. Tous les efforts de parents londoniens s’étaient révélés vains.

Aussi, sachant que mon père se rendait à Londres, cet homme lui avait demandé de voir s’il pouvait faire quelque chose et favoriser ainsi la miséricorde divine. Peut-être pourrait-il trouver sa fille et la dissuader de s’engager plus avant dans ce désastre. Mon père qui était très proche de cet homme était très affecté par ce qu’il avait entendu. Je pris moi-même la chose très à cœur et je tentai de réfléchir à ce que je pouvais modestement faire.

Le mariage se déroula dans les meilleures conditions. Le premier soir des Cheva Berakhot (Sept jours de réjouissances durant lesquels, à chaque repas, sept bénédictions sont lues), mon père s’adressa au père de la mariée et lui raconta l’histoire de la fille de son voisin. Il aurait peut-être une idée. Qui sait ? Peut-être avait-il le moyen d’intervenir ? Le père de la fiancée avoua aussitôt qu’il n’était pas en mesure d’agir dans ce genre de drame. Il avait cependant parmi ses connaissances, un hassid habad, que le Rabbi chargeait de toutes sortes de missions. Il avait pour nom Avraham Yits’hak Glick. Si quelqu’un pouvait être utile en ce domaine, c’était cet homme qui était déjà parvenu en maints endroits d’Europe, à faire retrouver à de nombreux Juifs le chemin de leur identité.

Cette même nuit, le père de la mariée téléphona au Rav Glick, lui raconta l’histoire et lui expliqua le caractère urgent de l’affaire. Le Rav Glick demanda le numéro de téléphone des parents de la jeune fille à Toronto. Ceux-ci pourraient peut-être lui fournir quelques détails susceptibles de l’aider : adresses, numéros de téléphone... Ils pourraient faire quelque suggestion quant à la façon d’entreprendre des recherches. Je ne sais comment le Rav Glick procéda dans ses recherches, ni où il se rendit, ni même qui il consulta. Toujours est-il qu’un soir, quelques dix jours plus tard - mes parents avaient décidé de demeurer à Londres jusqu’après ‘Hanoukka - le Rav Glick appela le père de la marié et lui demanda de venir immédiatement. « J’ai une très bonne surprise... » Dit-il.

Le père de la mariée et mon père se ruèrent chez le Rav Glick.

En pénétrant chez lui, ils virent une jeune fille assise dans le salon, qui pleurait...

À l’entrée du séjour une Menorah de ‘Hanoukka était allumée...

Cinq flammes y brillaient...

Cinq...

Mon père manqua s’évanouir et s’effondra par terre. Il s’était rappelé cette étrange parole prononcée par le Rabbi, 50 ans plus tôt, puis 30 ans plus tôt, puis 10 ans plus tôt.

« La cinquième lumière de ‘Hanoukka caractérise la vocation de la Menorah de ‘Hanoukka et la mission de chaque Juif d’illuminer jusqu’aux lieux les plus obscurs, à Varsovie ou à Londres, à New York ou à Londres, à Toronto ou à Londres... ». « Quelle attitude adopterait cet intransigeant si sa propre fille venait à flancher ?... Pour le Saint béni soit-Il chaque Juif est un enfant unique.... Pour le Rabbi mon beau-père, c’est à chaque juif que s’applique " Et à ta propre chair tu ne te déroberas pas"... »

Inutile d’ajouter que cette jeune fille revint de son égarement... Il n’est pas non plus besoin d’ajouter que l’intransigeant en question sut désormais taire les critiques qu’il avait coutume de formuler à l’égard du mouvement Habad, et de son Maître, le Rabbi de Loubavitch, Rabbi Menahem Mendel Schneersohn...

Dès son retour au Canada, mon père déploya tous ses efforts afin d’obtenir une audience chez le Rabbi. Il en ressentait un ardent besoin, une sorte de devoir moral, après ce dont il venait d’être témoin. Seulement, en ces années là, il était devenu très difficile d’obtenir une audience privée chez le Rabbi. Il se trouve cependant, qu’au mois de Tichri suivant, mon père parvint à voir le Rabbi lors d’une nuit où un groupe de visiteurs avait une audience collective. Mon père affirma que les émotions auxquelles il fut en proie à ce moment, l’empêchèrent d’exprimer la moindre parole en passant devant le Rabbi lors de cette audience. Lorsqu’il tenta de relater l’épisode au Rabbi, il fondit en larmes. Le Rabbi n’en entendit que quelques bribes et dit à mon père :
-  « Ce beau-père voit vraiment très loin... »

Chaque fois que mon père racontait cette histoire, il disait que le plus admirable dans l’affaire était le Rabbi. Par-delà son aptitude à entrevoir les événements à venir à 50 ans de distance, il avait laissé parler son humilité en disant : « Ce beau-père voit vraiment très loin. »

Les merveilles ne s’arrêtèrent pas là... Le 14 Kislev 5748 (1988) le jour ou le cycle des Chevah Berakhot de mon fils se terminèrent, exactement soixante ans, jour pour jour après le mariage du Rabbi à Varsovie, mon père quitta ce monde. Ainsi s’accomplit la bénédiction lui souhaitant d’assister au mariage de son petit-fils...

Moshé Hayim Greenvald

Histoire parue sur www.Guysen.com.

Avec la complicité de Claude Bensoussan et Shlomo Brodowicz, la traduction de Shlomo Brodowicz...




[*] Rav Menahem Zemba, Rav Shimshon Stockhamer et Rav David Shapira furent les trois derniers rabbins demeurés au ghetto de Varsovie après qu’il eut été presque entièrement liquidé et ses occupants assassinés à Treblinka. Les deux premiers rabbins moururent en déportation. Le Rav Shapira survécut.


 
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